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| ATELIER PHILO | |||||
L’Atelier
du Non-Faire a été créé au sein de l’hôpital
Maison Blanche en 1983 sur l’initiative de Christian Sabas, peintre
et musicien, infirmier psychiatrique dans le service du Dr. Pariente (actuellement
6ème secteur de psychiatrie générale de Paris). Une urgence s’imposait : briser le quotidien asilaire, transcendant l’instant en chaque acte, chaque tentative, chaque existence, chaque vécu, chaque expérience devenant une aventure humaine. Christian Sabas remarque très tôt le problème des rapports des soignants avec le patient, tenu à distance, infantilisé et considéré comme objet. Avec la blouse blanche il refuse les pratiques routinières et commence à établir des relations avec les personnes hospitalisées, par des moyens ordinaires, comme une partie de ping-pong, une promenade, une simple conversation. Il passe tout son temps avec ces personnes enfermées, dépouillées de leurs habits et de leurs effets personnels, marginalisés, stigmatisés, privés de leurs droits de citoyen. Christian amène parfois sa guitare, parfois du matériel de dessin… le conflit éclate le jour où il invite des musiciens à venir jouer avec les patients! L’Atelier naît d’un arrangement, un aménagement que le Dr Pariente trouve pour garder son infirmier « hors norme » tout en protégeant un fonctionnement institutionnel immuable. Un lieu d’asile à l’intérieur de l’asile est trouvé dans un pavillon désaffecté, le 53. A partir de là, les patients se mettent à l’œuvre, avec des matériaux de récupération, tout est bon pour devenir support de création : papier, cartons, draps… Toutes les salles de cette immense bâtisse seront occupées au fur et à mesure sous la poussée constructive, la production massive, l’immense potentialité, la volonté de se dire que ces femmes et ces hommes ont toujours montrées, délivrées par leur créativité et surtout autour et dans l’œuvre dite d’art. En 1985 le Dr Gellman remplace le Dr Pariente, parti à la retraite. L’association de secteur « L’échange », présidé par le Dr Namias finance l’Atelier. La presse commence à s’intéresser à ce lieu. L’espace de concrétisation/transformation/travail est de 1000 mètres carrés environ. Il ne s’agit pas d’un atelier d’ergothérapie ni d’art-thérapie, ni d’expression psychopathologique (lieux où l’homme est réduit à pondre un art qui sera décortiqué pour/par la science), mais plutôt un espace où toutes tentatives, réalisations, se joueront, se vivront en possibilité de devenir. Il n’y aura pas de prescription médicale, tout au plus une envie, de se défouler, de se libérer, de sublimer que porte en soi tout un chacun. Les patients découvrent au hasard d’une promenade ou par le bouche à oreille cet ancien bâtiment d’hospitalisation transformé en un gigantesque espace d’expression où ils peuvent, au gré de leur humeur, jouer d’un instrument, manipuler un pinceau, écrire, approcher l’informatique… ou même « ne rien faire » du tout. A Partir de 1998 – 1999, un rendez-vous annuel est organisé en partenariat avec la fondation Christiane Peugeot qui accueille dans ses locaux une exposition des peintures réalisées à l’Atelier du Non-Faire pour une période de 15 jours, au sein de laquelle trois journées de conférences, débats, performances artistiques se déroulent avec la participation de patients, professionnels de la santé, artistes, philosophes, écrivains, journalistes, représentants d’associations, tous citoyens : moment essentiel de rencontres et d’échanges entre langage et compétences diverses à la recherche de solutions nouvelles de prise en charge et de soins pour sortir des aquariums autoréférentiels, producteurs de stigmatisation et de marginalisation des patients psychiatriques. Cet «Expo-Symposium» a atteint cette année sa 10ème édition. Le premier janvier 2000 l’Atelier du Non-Faire est détaché du 6ème secteur. Le travail plurisectoriel et multidimensionnel qu’il a toujours mené, garantit une alternative portant une considération évidente à l’homme en situation de mal-être. Sous la direction de M. Patrick Mordelet, l’EPS Maison Blanche institue un comité de pilotage constitué du directeur lui-même, d’un représentant médical, d’un représentant des usagers, d’un représentant des familles, censé présider administrativement l’Atelier qui ne cesse d’œuvrer aussi sur l’extra hospitalier, poursuivant ses projets avec le soin, sur la prévention et menant des actions de promotion des ressources personnelles et artistiques de personnes psychiatrisées afin qu’elles puissent se retrouver, améliorer leur qualité de vie et aboutir ainsi à une réintégration. Simonetta Di Girolamo, psychologue, intègre à cette époque l’Atelier du Non-Faire qui, entre 2000 et 2004 vit sa plus grande expansion. Naissent les projets K-fé, rencontres hebdomadaires informelles dans des lieux publics en ville : d’abord l’Olympic café, après l’Atelier Z, ensuite le café Montmartre, enfin l’Olympic café est remplacé par le Lavoir Moderne Parisien. En 2001 l’association « L’Atelier du Non-Faire » voit le jour permettant un fonctionnement plus souple, oeuvrant en synergie avec le service hospitalier. Le Groupe de musique Démence Précoce, issu des improvisations quotidiennes dans l’Atelier, se constitue, commence à répéter dans un studio et à se produire en concert jusqu’à enregistrer son premier album, édité en début 2006 par un producteur indépendant, Vincent Deforges. En Partenariat avec l’association Angeliribelli en Italie et d’autres partenaires étrangers, des manifestations (concerts, expositions, performances artistiques, conférences) sont organisés dans différents pays. En 2003 L’Atelier du Non-Faire fête ses 20 ans d’activité par une importante manifestation (conférence-débat, exposition, concert) à l’Hôtel de Ville de Paris. En 2005, l’EPS Maison Blanche, sous la direction de Mme Nicole Pruniaux, annonce que les caractéristiques de fonctionnement de l’Atelier du Non-Faire ne correspondent pas à celles d’un service sanitaire. Dans un projet de déménagement du site hospitalier sur Paris, on décide du détachement définitif de l’Atelier. Les usagers, les familles, les citoyens se mobilisent avec l’aide de la presse. Le Dr Linda Salvaresi (chef de service du 24ème secteur) se propose d’accompagner l’Atelier du Non-Faire, sous sa responsabilité, dans une transition vers l’autonomie. Avec l’aide de l’ UNAFAM, de la Fédération d'aide à la santé mentale Croix Marine et de la Fnap-psy, les usagers se réunissent en novembre 2005 pour fonder le GEM (Groupe d’Entraide Mutuelle) « Les Amis de l’Atelier du Non-Faire » prenant sur eux la responsabilité et la mission de continuer ce travail avec l’espoir d’une certaine reconnaissance de légitimité, malgré l’insécurité administrative et budgétaire que ce choix implique. Depuis 2007 ce GEM est parrainé par l’association « L’Elan retrouvé » Aujourd’hui, après le détachement de l’hôpital, l’association « l’Atelier du Non-Faire » et le GEM « Les Amis de l’Atelier du Non-Faire » continuent ensemble le combat pour la poursuite des activités, pour la sauvegarde des objectifs et de la philosophie du Non-Faire, ainsi que pour la défense de ce lieu, abritant 25 ans d’histoire et de vécus, toujours menacé de destruction, déjà depuis deux ans privé de chauffage. La conservation de ce patrimoine artistique, historique et, avant tout, humain, fait appel à la conscience et à la mobilisation de nous tous. |