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Réflexions…
assis face à une plaque
à Saint Alban
«
Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme
même qui disparaît »
François
Tosquelles
Cette
phrase qui, d’un certain point de vue, énonce une vérité
évidente, semble aujourd’hui mal comprise ou totalement déformée.
Cette
trahison du sens apparaît avec une violence flagrante quand on constate
que, toujours dans la pratique de la psychiatrie, tout est fait pour cloisonner,
enfermer, refouler, écraser, tuer la folie, à l’intérieur
d’hôpitaux, fermés comme des prisons ou des camps de
concentrations, où l’homme est anéanti dans son essence
même, dans le seul but de le ramener à une raison normalisée…
aseptisée, déshumanisée.
La
psychiatrie continue donc de fonctionner assumant une conception de l’homme
où la raison serait la seule valeur, et que la folie, loin d’être
une partie de l’humain, ne serait qu’une tare à éliminer.
La
raison pure, comme le montrent les aberrations de l’histoire, correspond
à une pensée unique qui implique la négation même
de l’être, de tous les êtres, dans leur diversité,
dans leur sensibilité et dans leur subjectivité propre et
unique.
La
psychiatrie, émanation par excellence de la raison, avec toute
sa panoplie nosographique, son abstraction de la vie, la technicité
de son délire scientiste n’aurait d’autre but, d’autre
mission que la disparition de la folie pour qu’un être de
raison remplace l’être de folie.
Cette dichotomie, jamais réconciliée, ne porte qu’à
une guerre aberrante de l’humain contre l’humain, de l’humain
contre soi-même.
D’où
vient alors cette impossibilité d’entendre, de recevoir,
de s’approprier le message de Tosquelles ?
Pour
que la valeur humaine de la folie puisse être reconnue, il faut
bien qu’il y ait des hommes forcément faits autant de raison
que de folie, qui la reconnaissent.
Il
faut se poser la question si ce n’est pas le mandat, lui même
de la psychiatrie, par définition inhumain, qui nous empêchera
toujours de revenir à une conception de l’homme, uni et…
humain.
On
en vient ainsi à saisir que la folie ne servirait plus qu’à
valider, qu’à justifier l’existence de l’institution
psychiatrique. Celle-ci ne s’apparente plus, qu’à la
mécanique d’une énorme machine se nourrissant d’elle
même dans un circuit autoréférenciel masquant le vide
sur lequel elle repose.
Il
apparaît que la déshumanisation qu’elle engendre se
fonde justement sur la non reconnaissance de la valeur humaine de la folie.
Par
la négation de la raison d’être de la folie on arrive
à une manipulation de l’individu dont on pompe toutes les
possibilités du vivant et du devenir.
Niant la valeur humaine de la folie, on nie en même temps l’expression
des productions les plus profondes et les plus élevées de
l’être humain, son énergie vitale, sa créativité,
sa capacité d’aimer… l’amour : manifestation
la plus folle et irrationnelle dont seul l’être humain est
capable mais qui correspond à l’essence même de la
vie.
Il
est navrant de constater qu’aucune voix ne s’élève
et ne condamne réellement cette aberration… cette évidence…
Car c’est par ce clivage intellectuel que l’homme disparaît
autorisant ainsi toute déshumanisation.
On peut se poser la question sur le pourquoi de cette irresponsabilité.
La réponse est sans doute que la folie sert ainsi à alimenter
la raison de vivre de la psychiatrie….
En
effet, on pourrait imaginer une solution autre que la psychiatrie, pour
donner à l’individu les possibilités, le soutien,
les moyens nécessaires de se réunifier… se réaliser…
enfin, d’exister dans sa plénitude, autant face à
lui-même, dans son être propre, que dans sa présence
au monde…
N’oublions pas que celui de la création s’est révélé
depuis toujours, le terrain idéal de réconciliation entre
la raison et la folie, expression la plus haute de l’humain espace
suprême de communication, de l’indicible.
La dimension du don contenu dans la création constitue le potentiel
communicationnel permettant de trouver un espace où loger la massive,
humaine, force d’amour.
DENIS
NAUTRE
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