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MOBILISATION AUTOUR DU « NON FAIRE »
janvier 2007

 

Par une belle journée d’hiver ensoleillée et quelque peu enneigée, le 25 JANVIER 2007, je ne peux pas résister à appeler mes amis de l’atelier NON FAIRE, CHRISTIAN SABAS ET SIMONETTA DI GIROLAMO, les sachant dans une passe difficile !
En effet, on est en hiver et le froid nous menace tous et surtout les plus vulnérables ; les combats associatifs se mobilisent et s’imposent brillamment.
Mais on ne s’attendait pas encore à ce que des professionnels de santé, dans l’exercice de leur fonction auprès de patients psychiatriques, aient un jour le chauffage coupé de façon arbitraire et autoritaire !
Lorsque j’ai téléphoné, SIMONETTA pouvait lire sur le thermomètre de son bureau : 7° !

Je connais l’atelier du NON FAIRE depuis plusieurs années.
Animant moi-même un atelier d’expression libre, l’ARBRE ROSE à BORDEAUX, où je me bats aussi pour son maintien.
J’ai fais jadis, un tour de FRANCE afin de visiter (à mes frais), de nombreux ateliers.
Je n’ai vu aucun atelier, en dehors du NON FAIRE, capable de regrouper à lui seul tous les atouts pour garantir citoyenneté, prise de parole réelle et symbolique et donc du mieux être des personnes en souffrance ; à savoir que :

CHRISTIAN, l’animateur,
- est lui-même artiste ;
- il se distingue clairement de l’arthérapie, de l’art brut …
- institutionnellement, il est un électron libre et nécessaire, capable de gérer professionnellement un tel lieu ;
- en peinture, musique, écrits … la production est impressionnante, dans tous les sens du terme !
- la dialectique extérieur/intérieur fonctionne sans tabous ;
l’organisation d’un symposium annuel, les déplacements en France comme à l’étranger n’en sont que quelques aspects.
Documentaires TV, articles dans les plus grands journaux font écho ponctuellement de cette vaste entreprise !

BREF, CHRISTIAN aidé intelligemment par SIMONETTA, a tout compris, les patients par leur présence active en attestent, si besoin était.
Alors comment est-il possible qu’un tel atelier puisse subir des assauts de cette gravité ?

ON l’a vu,
- 1- l’atelier et ses animateurs ne sont pas concernés et pas « évalués » (l’actuelle lubie administrative) en fonction de leurs compétences et résultats bâtis et développés depuis plus de 20 ans.
- 2- La fin programmée de MAISON BLANCHE (93) n’entre pas non plus en ligne de compte, et ne serait tout au plus qu’un faux prétexte.
Nous avons d’autres exemples ici ou là, alors qu’il n’y a pas menace de fermeture.

NON, à mon avis, il faut en chercher les raisons ailleurs et principalement dans la politique de Désengagement (de l’ETAT) très présente à l’hôpital, relayée par une hiérarchie zélée et formatée l’abordant aujourd’hui cyniquement et sans pudeur …
Le « désengagement » est dans l’air du temps, qu’il casse et ne remplace; prône le modèle américain du « toujours plus économique » et fait progresser la redoutable hégémonie.
.
Pour que la pluralité demeure, que les « approches thérapeutiques » continuent à se compléter, il faut maintenir plus généralement, les grands équilibres ici PRIVE/PUBLIC, et politiquement EST/OUEST, GAUCHE/DROITE !
Le cri de DELEUSE est toujours d’actualité

« CREER C’EST RESISTER»

Déjà, les uns et les autres nous créons, et nous résistons plus ou moins. Nous sommes tous interpellés.

Ainsi au delà du soutien sans faille à apporter à l’Atelier du NON FAIRE, c’est la défense du SERVICE PUBLIC qui est en cause.

(à l’heure des élections présidentielles, les media s’attachent aux petits mots de la campagne, alors que les débats de fond doivent être amplifiés et les engagements tenus, alors agissons!)

Je souhaite que sensibles à toutes ces questions, nous nous sentions tous concernés. Des combats ciblés sont à mener chaque fois qu’il y a nécessité, voire urgence.
Soyons activement nombreux à soutenir l’action du NON FAIRE, à encourager ses animateurs et adhérents pour qu’ils puissent continuer cette extraordinaire ballade où REVE et poésie sont encore possibles.

Jean-Bernard COUZINET
Docteur en art/communication et plasticien

L’atelier du Non-Faire…
Depuis le 31 décembre 2005…
Suite aux menaces de fermeture …

 

Il fait froid…
Les usagers se sont mobilisés immédiatement pour fonder un Groupe d’Entraide Mutuelle, formule associative promue par le ministère de la santé et du handicap, dans l’espoir d’obtenir, avec le parrainage de la Fnap-psy, une subvention permettant de louer un petit local sur Paris pour le maintien de certaines de ses activités.
Le personnel, Christian Sabas et Simonetta Di Girolamo, par le biais de l’association loi 1901, fondé en 2001 avec quelques amis bénévoles et de nombreux usagers, ont essayé de solliciter le soutien de différents organismes : Mairie de Paris et de Neuilly sur Marne, DRAC, diverses associations, afin de trouver des solutions pour le maintien des activités et pour la sauvegarde de l’immense patrimoine artistique de l’Atelier.

Il fait froid…
Pendant un an, toute démarche était bloquée par le manque de collaboration de celui qui devait être le partenaire principal de tout projet possible, c’est à dire l’EPS Maison Blanche.
La Directrice avait affirmé que l’Atelier sortait, pour ses caractéristiques administratives et de fonctionnement, du cadre du sanitaire, donc son existence même était impossible dans le cadre de ses services.
Personnel et usagers avaient accepté, comme seule possibilité de négociation, le détachement définitif de l’hôpital vers le fonctionnement associatif, à condition d’obtenir un délai et un soutien suffisant pour trouver des solutions alternatives pour la conservation des œuvres et d’un espace d’activité peinture-musique.

Il fait froid…
Pendant un an nous avons été dupés par une administration qui, dès le départ, a montré un réel mépris des usagers, de leurs productions, du patrimoine artistique en général, du travail thérapeutique et de réhabilitation mené pendant 23 ans à travers cette créativité évidente qui s’affiche sur les murs de ce lieu.
La preuve est que, non seulement l’établissement ne s’est guère soucié de tout cela, mais il continue même de nier l’existence d’un nombre considérable d’hommes et de femmes, soignants, usagers, stagiaires, bénévoles qui travaillent tous les jours dans l’Atelier du Non-Faire. Cette négation a atteint en ces jours son apogée : le chauffage a été coupé dans tout le bâtiment sans que personne ne soit mis au courant.

Il fait froid…
Le corps médical de l’hôpital l’ignore également.
Des conventions de stages avec des étudiants de différentes universités ont été signées pour toute l’année scolaire, les patients continuent à s’y rendre pour peindre, écrire, jouer de la musique, le personnel assure toujours ses fonctions.

Il fait froid…
Drôle de manière de négocier !
Le pouvoir autoritaire en fait ne négocie pas, il décrète arbitrairement, il atteint ses fins… qu’importe les moyens, qu’importe le bas niveau des arguments.

Il fait froid…
Qui pourrait donc ramener un peu de chaleur ?

LA REDACTION

Ici le non faire


VOICI venu le temps des invraisemblables demonias(((((((((QUES))))
Ce pauvre navire échoué sur la pelouse de maison Blanche trouvera-t-il un remorqueur de haute mère
Afin de trouver une crique d’amarrage propice à de nouvelles transes vraisemblables

Selon les dernières nouvelles du moloch administratif qui voudrait en finir avec une prétendue anomalie qui a eu l’audace d’exister malgré (etc.…) nous récidiverons d’une manière ou d’une autre (voire même avec des moyens légaux)

Nous l’avons déjà dis et puisque il faut nous faire entendre nous sommes plus que des tubes digestifs
((((((((((((((((((((((Qui donc est de mauvaise foi dans cette affaire de pouvoir sur les âmes damnées qui peuplent l’hôpital))))))))))))))).

?

Faut il répéter que nous avons droit de cité autre part que dans des boites vitrées où la liberté est muselée par des normes nuisibles à notre épanouissement

Vous avez encensé et rendus illustres nombre de poètes notoirement compromis avec des criminels tels Staline ou Franco pour mieux nous accuser de visées rastafariennes aux contours fumigènes.

Nous affirmons exister et nous revendiquons un espace de liberté quelque part dans la ville autrement qu’administrés tels des pantins en pyjamas ou en bleu de travail (métro boulot dodo).

Nous revendiquons une alternative à la misère (matérielle, affective, culturelle) que nous propose une organisation de l’économie et de la société dont la violence que déversent les médias sert d’appui à un chantage à la moindre souffrance qui est le lot de l’immense majorité qui mène sa barque de crédit bancaire en faillite générale.

Nous diables ? Pourquoi pas ? Nous sommes joyeux et sympathiques ! Et vous, les administrants de la normalisation bureaucratique !

Ne vous occupez pas de nos chaussures qui sont parfois trouées, nous avons besoin d’un lieu.

Vos arcanes du pouvoir régulateur n’ont pas à nous concerner car nous savons vivre ensemble la où se crée quelque chose d’autre qu’une publicité aussi banale que sophistiquée. Nous optons pour un Non Faire et pas pour un abri Decaux.

Vous ne gagnez pas toujours, nous non plus ! Mais au fait ? Qu’avons nous fait de si grave ? Nous préférez vous comme un segment du marché ? (Comme le prozac).

Quelqu'un a cru frapper à la porte du paradis, c’est un enfant qui cherchait quelque part, un enfant quelque part a pris des coups de trique parce qu’il s’est fait aborder par un pédophile dans un terrain vague à Belleville, et vingt ans après il a bu beaucoup, un soir, toujours à Belleville, et alors il a massacré celui qui touchait à sa cousine. Alors il a passé des années en UMD à Sargueminnes. (((((((C’ETAIT SEULEMENT UN EXEMPLE DE CE QUI PEUT ARRIVER A UN ENFANT DE PARIS)))))))))

Et de la ville en tant que guet appens et de l’hôpital en tant que violon !

Ceux qui n’ont rien voulu dire, croyant la condition c’est se taire pour avoir la paix, et les journaux de parler de courses hippiques et de football, en buvant un pastis à leur santé.

Basse nasse, banal ramassage de toutes sortes d’estomacs à remplir, une paye, encore une (pour combien de temps encore) nos vieux ont peur, les enfants très réalistes déjà, le pouvoir apparemment sûr de son coup, la torture légalisée, par la plus grande démocratie au monde, il faut une bonne dose de pub pour nous ouvrir l’appétit quand la télé est dans la salle à manger. Avez vous vue la jolie fille qui refusait de manger parce que les gens sont méchants? Avez vous entendu le bruit des coups et les cris de l’enfant.

Nous sommes, par défaut, la défausse verbale d’une fuite d’air comprimé dans le servofrein d’un véhicule-n’importe quoi qui crabote d’ornière en nid de poule. Le surréalisme a-t-il cru ou pensé ou bien pensé croire qu’il avait sa place à l’usine autrement qu’en slogan publicitaire !
Les musées, qui drainent désormais une foule immense prouvent autrement: projection d’un libre mouvement.

VINCENT

Au Nom du Faire, du Fou et du Sain Esprit !

 

L’humeur est au négativisme et à la complaisance dans l’impuissance. Il est vrai qu’il est tellement plus confortable de se laisser aller aux passions tristes que de choisir de s’efforcer à la joie. La joie est subversive et la tristesse réactionnaire écrit Miguel Benasayag, soyons sûrs aussi que la joie exige une endurance et une ténacité dans l’être que la tristesse s’épargne.
Même si l’époque s’en défend, force est de reconnaître que nous n’avons guère quitté Nietzsche et son nihilisme farouche, à cette différence près que ce « clinicien de l’avenir » selon les mots de Camus diagnostiquait le déclin des valeurs non pour l’exalter mais pour préparer une subversion du psychisme humain et l’avènement de la dignité de l’esprit libre.
La mauvaise foi de notre société est de se prétendre sous les apparats d’un corps non défunt et toujours plus arrogant au-delà du nihilisme alors qu’elle opine du chef dans un systématisme névrotique pour rallier ce qui ne va pas, faire le procès de son mal être et calomnier la croyance en la valeur de la vie. Que penser d’une société qui feint de ne pas mourir et cependant abdique sans cesse sa virulence et sa capacité à vivre dans un courage joyeux et une ardente lucidité ?
On ne cesse de nous faire en matière de Santé Mentale le constat d’une psychiatrie « lourde de ses péchés », avilie par ses propres avatars. N’entendez-vous partout sonner le glas d’une psychiatrie naufragée qui n’aurait plus pour ultimes lettres de noblesse que de couler derrière ses carences ou de disparaître dans sa défaite.
L’aveu d’impuissance d’un système incapable de secréter des institutions viables pour accueillir et soigner ses malades est partout extorqué et célébré. Les psychiatres ne sont pas loin de devenir les nouveaux fous du roi, comprenez les vrais saltimbanques de la République, propres à nous divertir en jonglant avec les traitements ou en courant inlassablement à qui erre le mieux derrière un diagnostic dans ce gargantuesque no mad land de la psyché humaine.
Ce n’est plus le fou qui est au pilori, c’est le psy qui doit endurer de n’avoir pas su le faire taire. Du coup la folie devient tellement prolixe et bruyante qu’il va s’agir de détruire une profession. Aujourd’hui, la psychiatrie est en telle mauvaise odeur de santé qu’il devient difficile de pourvoir ses postes recense-t-on au sein des hôpitaux et des prisons et l’on crie à l’abandon d’un métier et l’on craint la péremption d’une fonction, pour ne pas dire la caducité d’un statut.
A l’allure où va l’incroyance d’une société face à ses médecins de l’âme, c’est le psy en chair et en os qui est menacé de devenir une denrée en voie de disparition, quand ce n’est pas un animal en voie d’extinction. Par abus de conséquence, s’annonce avec orgueil et fracas ce que l’on croit être la promesse d’une bonne santé sociale à venir : à savoir la disparition programmée de l’hôpital psychiatrique, accusé depuis Foucault de fabriquer les fous par extension pathogène de sa norme. Comme si la fermeture d’un lieu pouvait rompre avec l’enfermement dont sont victimes ses malades. Comme s’il suffisait de fermer les Hôpitaux Psychiatriques pour ne plus entendre parler de ceux qui les habitent.
L’hôpital psychiatrique de Maison Blanche fait partie de ce plan de croissance mentale dira-t-on qui consiste à tenter d’humaniser notre regard sur la folie en déplaçant les fous de la marge vers le centre de Paris.
Mais en attendant dans l’intervalle que fait-on de nos fous? Est-ce si sûr qu’un renversement dans notre géographie du voir va renverser l’espace psychique tout entier ? Suffit-il de mettre la folie dans la Capitale pour qu’on ait le souci du fou, pour qu’on aille l’assumer, l’accompagner de manière capitale ? Suffit-il qu’une société mette ses malades mentaux au centre pour qu’on se mette à les aimer et les reconnaître comme nos frères d’humanité ?
La question se pose dans un crucial paradoxe, précisément à Maison Blanche où Christian Sabas et Simonetta Di Girolamo mènent à travers l’Atelier du Non-Faire une tentative de vivre et de penser la folie autrement.
Chaque jour des patients internés dans les pavillons alentour se retrouvent à l’Atelier du Non-Faire : là il n’y a ni ergothérapeutes ou autres art thérapeutes chargés de les éduquer pas plus que de médecins chargés de les soigner, il y a juste une possibilité pour ceux en souffrance d’être vraiment là, de reprendre confiance et tonus et de trouver dans cet endroit d’autres présences humaines, de la chaleur et de la vitalité, c’est peu allez-vous dire ou c’est beaucoup si l’on entend par là une forme essentielle d’hospitalité.
Ainsi au cœur même de l’asile l’Atelier du Non-Faire offre depuis plus de 25 ans un espace et horizon possible pour que l’asile soit vraiment ce qu’il doit être étymologiquement, à savoir une terre d’accueil où l’aliénation va se mouvoir et forcément se porter autrement.
Or qu’entend-on depuis quelques mois déjà que l’Atelier du Non-Faire faisant partie de l’hôpital psychiatrique de Maison Blanche est donc au même titre que l’hôpital et dans la même logique amené à cesser toute activité.
N’est-ce pas là toute l’absurdité d’un système de dénigrer sa psychiatrie, de ne cesser de déplorer l’absence d’alternative créée pour offrir à ceux qu’elle décrète « aliénés » de l’humain du possible et du vivant et lorsqu’elle existe depuis plus de vingt ans avec brio de s’évertuer à l’annihiler ?
Vous allez dire que c’est moi maintenant qui suis pour le moins négative sur les conséquences d’une drôle de politique humaniste de Santé Sociale. Négative non, interloquée, inquiète et révoltée oui. Il n’y a pas deux jours la direction de Maison Blanche annonçait à l’Atelier du Non-Faire que le chauffage lui serait coupé et ce jusqu’au 31 décembre 2006 date à laquelle l’Atelier du Non-Faire sera sommé de transformer son sursis d’existence en mort avérée.
Face aux morbidités et frilosités des discours concentrationnaires ambiants, savoir qu’une initiative d’être avec la folie autrement s’obstine, prendre en compte qu’« un baromètre de l’état actuel de la psychiatrie » existe bel et bien et marche à l’aventure dans une création reprise et conquise à chaque instant sur le mourir de l’inattention et du manque d’amour, savoir qu’une telle expérience dans l’humilité d’un vivre fou peut-être, artiste incontestablement, libre dans sa responsabilité sans merci d’endosser la douleur se fait couper la chaleur sous le pieds, c’est clairement constater l’incurie d’une politique de la Santé qui se bâillonne elle-même.
Car de fait cette coupure de chauffage est la métaphore exacte de la négligence dont notre système hospitalier fait montre à l’égard de ses hôtes. Quelle meilleure preuve de l’inhospitalité de notre projet de Santé que cet acte de mise au froid décidé en toute nonchalance ? Dès lors il n’est même plus question de critiquer un nihilisme passif qui ne mute que le vide, seulement de tenter de rassembler sa pensée en acte, savoir comment nous tous citoyens de l’humanités, déchirés entre nos fous, nos frères et nos sains, allons tenir debout dans nos contradictions, comment nous allons pouvoir faire face à ces errances et tenter toujours avec ferveur de faire l’homme sans trop faillir à l’ouvrage et sans trop avoir honte. Cela est-il possible, pensez-vous ?


Violette Villard, professeur de philosophie

Non faire en patrimoine…

 

Qu’appelle t-on patrimoine… puis qu’il existe un patrimoine génétique.
On peut affirmer sans attenter à la pudeur des institutions que la production artistique au départ individuelle des malades qui crachent et exorcisent leurs angoisses sur la toile est une mise à nu de leur conscience, de leur âme, de leur esprit, de leur volonté dénudée de l’obligation morale, psychologique ou assermentée des gardiens de la psychiatrie… on peut supposer que comme l’école de certains psychiatres le reconnaît, il existe un inconscient collectif comme il existe un inconscient individuel… c’est le cheminement de l’existence et le cursus de chaque individu qui est différent de celui de chaque autre…
Mais il arrive, à un moment donné, que les chemins s’entrecroisent et alors puisque les semailles individuelles ont été bonnes les moissons culturelles seront encore meilleures.
La mise en commun de productions artistiques est l’histoire de chacun qui a vécu à une certaine époque, en certains lieux, géographiques et historiques, où chaque individu a subi de tels traumatismes que la fracture et la facture sont jetés sur la toile pour éviter que l’addition, l’ardoise ne soit trop salée.
C’est à ce titre qu’à posteriori une véritable analyse sémantique et sémiologique de la folie peut être pratiquée et de toutes les façons l’œuvre est là, pure, plus ou moins rationalisée et ce n’est plus de la folie …
C’est un mythe incarné.
Pourquoi et quand et à quelle condition cette production a t’elle une dimension collective de patrimoine…
L’on peut dire à partir du moment qu’il y a surenchère, c’est à dire quand l’analyse critique ne débouche sur aucun diagnostic médical mais au contraire quand l’artiste est reconnu pour son talent original et originel et où il peut se targuer d’avoir dérouté et détourné la psychiatrie… Ceci devient un patrimoine quand la peur institutionnelle a disparu….
Le gouffre qui sépare le « malade » des institutions ne sera jamais comblé pour autant.
Le patient n’est jamais mis au pied du mur car c’est en toute liberté qu’il a pondu son œuvre.
Collectif est l’attribut qu’on peut donner au patrimoine… C’est à ce titre seulement qu’une œuvre désespérée, isolée, quand bien même la production de l’artiste fut elle prolifique, rejoint une communauté d’esprit, de corps et est saisie dans son intégralité comme propriété à la fois individuelle et collective d’un ensemble de personnes. Je dis personne parce que, même si les gens signent leurs toiles, leurs tableaux conservent un anonymat… qui les met à l’abri d’un jugement trop hâtif…
La dissociation intellectuelle met à profit la substantifique moelle de l’art pris comme globalité féconde et fertile et permet à l’individu de ne pas être acculturé aux institutions.
On peut considérer la psychiatrie comme une structure féodale, comme un dogme préfabriqué, précontraint qui utilise une pharmacopée dont on n’est pas en mesure, tant qu’on n’est pas médecin et chimiste, de dire qu’il pourrait en exister une autrement meilleure.
La chimie de l’esprit décalque sur les engrammes de l’inconscient ou du conscient plus ou moins « malade » ce qui donnera l’œuvre artistique dans toute sa vérité, sa splendeur, fut elle seulement un gribouillis incompréhensible…
Rien n’est anodin des traces artistiques que le malade de passage ou le malade chronique laisse derrière lui, puisque la valeur humaine est inestimable….
Alors les traces et les stigmates d’une souffrance qui a réellement existé s’estomperaient peut-être s’il ne s’agissait d’un cauchemar collectif qui est le fruit évanescent d’une révolution intérieure, socialisée si cela peut-être… nous dirons sociabilisée… le Rapp en est un exemple artistique… ce peut-être à coups de pinceau qu’on mène une révolution…
Peut-être et même certainement que celui qui entre dans le non faire sera comme envoûté, ensorcelé, par le génie gratuit et inavortable de l’Art.
Certains tiendront pour la première fois un pinceau entre leurs mains et jetteront pour la première fois leurs sentiments, leurs obsessions, leurs souffrances, leurs fantasmes, ou parfois même exorciseront leur dérision.
L’Art devient monument, quand de sa nudité et de sa virginité initiale, originelle, il se voit drapé d’un linceul signifiant immortalité et éternité… c’est ce faire valoir et ce savoir non faire qui est patrimoine…

ALEXANDRE

L’évolution des esprits se fait aujourd’hui vers un consensus ; la critique déontologique et la critique thérapeutique ne sont plus à l’ordre du jour ; par contre, l’ouverture du monde hospitalier sur l’extérieur est une nécessité absolue et impérieuse afin d’adapter les courants psychiatriques au profil évolutif de la société.(…)
Aujourd’hui il est clair que la peinture et les expositions peuvent aider à la thérapeutique par la voie du narcissisme, mais il est possible aussi que les tableaux des artistes « fous » puissent guérir ou modifier le regard encore si malade de la société sur la folie. L’avenir le dira…

Dr Yona Namias

C’est un lieu étrange
coincé entre grises bâtisses ciel plombé.
Dans un univers hyper-structuré
pourtant existe un espace de liberté
liberté de s’exprimer, de créer
un lieu privilégié.
Les mauvais rêves dérangent
on vient ici les exorciser
des fois on ne fait que passer
on vient simplement s’y poser
quelques minutes, quelques heures
on vient regarder
de l’ambiance on vient s’imprégner
et on repart vers sa destinée
ayant des fois une trace laissée
un stylo, un pinceau, un tambour, un piano
une note, un son
inutile de définir ce qu’est communiquer...
Ici, de tout on est libre de juger
de parler, d’imaginer
sans pour autant avoir à se justifier
un stylo, un pinceau, une guitare, un piano
une note, un son
suffisent des fois pour s’exprimer
sur la toile dans l’espace
ou sur la feuille de papier
on vient formuler des abstraites et intimes pensées
ici, si cela existe, c’est un espace de liberté
où on peut à sa façon du quotidien s’évader.

Christian Roulot.

Il existe à l’hôpital psychiatrique de Maison Blanche, une salle curieusement appelée le Non-Faire. Et ces deux mots paraissent d’autant plus paradoxaux que, sur les mures de cette pièce, il y a des dessins et des peintures exécutées par les malades. Il y est possible d’entendre et d’écouter de la musique classique et moderne; on peut sur une machine à écrire taper des lettres personnelles, quelques poèmes, quelques nouvelles, peu importe les vers boiteux, les fautes de syntaxe et d’orthographe, peu importe la valeur littéraire de ces textes!
Plus de portes cadenassées! Pendant un court instant, l’on navigue hors de l’enceinte de l’hôpital, fini les murs hauts couronnés de tessons de bouteilles...
ce voyage dans le temps et dans l’espace mérite bien le nom de Non-faire car tout art pratique (génialement, médiocrement ou lamentablement) trouve sa beauté dans sa gratuité même, dans le Non-Faire.
Puissent venir nombreux ceux qui souffrent ou à qui pèse le carcan hospitalier. Et j’en sais quelques-uns qui y ont passé d’excellents moments, qui y ont ri. Et si pendant cinq minutes, pendant une heure, on peut avoir l’illusion d’oublier le tunnel noir rempli de cauchemars et d’angoisse qui est prêt de fondre sur nous, ce temps peut sembler illusoire; mais un Espagnol du siècle d’or n’a pas dit et écrit: « la vie est un songe »?

François

« Par l’expression picturale le patient est capable de montrer à nu une structure de pensée flottante qu’il arrive à cadrer par l’image qu’il représente, agréable ou non, sur le support toile, papier ou autre, laissant ainsi des traces de lui-même qu’il gère, grâce à la liberté d’expression dont il jouit dans un lieu et qui lui permet de repenser en termes plus clairs son être tout entier. »

OASM

Ce lieu peut-être considéré comme un essai de destruction des structures asilaires, de destruction des résidus de l’ancien système psychiatrique, car il est une tentative de reconstruction de la / les personnalités désarticulées, au travers d’un « ailleurs » créatif, indépendant du fonctionnement administratif et médical de l’institution.

Du :
Non-Faire

en VELLEITE de TOMBER……… « L’asile ».Comme la plupart des gens le savent, aujourd’hui, à travers la vulgarisation scientifique exercée par les média, avec plus ou moins d’à propos, sur les masses, chacun est la recherche d’un paradis perdu (vague souvenir d’une vie fœtale) et cette quête impossible se présente, souvent, comme l’existence en notre esprit d’un « jardin secret », lieu privilégié de l’âme, hors l’espace et hors le temps où peut s’exercer, sans interdits et sans contrainte, le mouvement de l’imaginaire en ce qu’il a de non communicable, immédiatement, à l’état brut et sans structure apparente, vers autrui.
Vu sous cet angle, le Non-Faire peut-être considéré comme un lieu privilégié, presque l’équivalent, à l’intérieur de l’hôpital de ce lieu préservé en nous dans l’espace de la sensibilité. Il est conçu comme un lieu, à l’écart où chacun peut aller car (allez ! qu’art soit !)
où l’art est d’abord un laisser « aller », un intermédiaire entre certaines spontanéités et certaines écoutes, un moyen d’accès offert à l’expression libre de ce qui reste habituellement repoussé par soi ou les autres.

En effet, n’imposant pas, à priori, de but ou de règles rigides au maniement, à la manipulation, des couleurs, des formes, de l’espace, des mots, des sons, des gestes, des silences, celui qui, faisant le pas, entrant, chacun de nous, peut y exprimer, voilé autant qu’il en éprouve le besoin sous une apparente incohérence des parties de son « jardin secret », des morceaux parfois chaotiques, désynchronisés, désarticulés, morcelés de sa personnalité, des parts encore informes ou informelles de ce qui sort de lui, de ses tentatives, mais sous l’ensemble desquels se cache un ordre possible par l’échange, parfois réciproque, des appréciations, des ponts de vue, des indifférences, des critiques des autres…

Cela est possible par le fait que cet atelier, ouvert à tous les patients de l’hôpital, et même à des personnes de l’extérieur de ses murs, ainsi qu’aux membres du personnel quels qu’ils soient ne se propose aucun effet thérapeutique, prémédité, mais qu’il fonctionne comme un lieu de rencontre, connu des uns puis connu par d’autres, comme par hasard, par des conversations en d’autres lieux (pavillon, cafétéria, ergothérapie, parc ou allées de l’établissement, etc. …).
Ce point de rencontre, dans l’espace, en un lieu, est un catalyseur d’autres rencontres dans le temps et l’imaginaire, se déclenchant spontanément et c’est ainsi que semblent naître à partir de rien des projets, des performances, des essais communs de « faire » c’est à dire de construire (par ex : un concert, un spectacle, une exposition de tableaux, une pièce théâtrale, un récital de poèmes, un enregistrement sur cassette de montages sonores et de textes, etc. ).
Ces thèmes sont le résultat de discussions, d’oppositions parfois, d’attirances, souvent, entre des gens se trouvant « là » et souhaitant réaliser tel ou tel fragment d’une œuvre personnelle et qui, mettant en commun ce qu’ils apportent et le synthétisant ensemble, créent un objet, visible, audible, perceptible à quiconque accepte d’en être ou d’en devenir peu à peu le « public ».

Un courtisan du Non-Faire

« Dans les murs colorés du silence, s’évaporent les bruits musicaux du Non-Faire. Mais qu’y faire, sinon accepter la réalité à faire pour plaire ou pour déplaire, à chacun sa guise du moment que l’on en ressort plus vivant que mort. »

Un courtisan du Non-Faire

 

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